Association Récits de Vie


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Extraits

Notre revue


SOMMAIRE


Édito
Robert Ferrieux
Georges Perec
Claude Daugé
Les vœux du nouvel an
Désirée Boillot
Le deuxième prix
Robert Lasnier
Le lac des cygnes
Mifa Martin
L’épicier de la lune
Henry Masson
Le passage du cap
Raymonde Camolese
Les mots d’absence (Journal)
Gérard Kaiser
La prise des entraîneurs
Claude Schroeder
Voyage au milieu de nulle part
Lucien Cordina
Le journal retrouvé
Christian Massé
Concours 2013
Le mot du Président
1er Prix : J'entends siffler le train
Philippe Deniard
2ème - Nénesse
Jean-Claude Delarbre
3ème - Changement de décor
Georges Druon
4ème - Voiture corail et carte vermeil
Laurence Gatti
5ème - Ce matin, c'est le grand jour
Evelyn François-Mastella
Poèmes : Monika, Cécile Pecquet, Catherine
May-Scheuer et Arlette Henry-Ghesquier


ÉDITO


Ce numéro 84 commence avec un texte de Claude Daugé. Ce grand ami de « Récits de Vie » nous quittés le 18 mai dernier. Peu avant son décès, il nous avait adressé ce commentaire d’un extrait de Georges Perec.
On y retrouvera son intelligence, sa finesse, son sens du détail. Ce sera notre dernier hommage à sa mémoire. Comme tous nos adhérents disparus, il nous manque: il a donné à notre association sa fidélité, sa loyauté, sa générosité.
Toute sa vie, il s’est passionné pour l’écriture autobiographique, et il laisse une œuvre immense qu’un jour, la littérature honorera.
Claude Daugé, qu’a toujours bridé une modestie égale à son talent, a peu tenu à se faire connaître. Ses maîtres, ses élèves, ses amis ont su reconnaître en lui un écrivain. Restent ces milliers de pages à scruter, classer, découvrir, tant ont été jusqu’au bout cachées! Je sais que ce travail se fera, on me l’a dit, on me l’a promis.
Ainsi, « Récits de Vie » continue son chemin. Il est parfois ardu, malaisé, astreignant. Notre concours littéraire livre aujourd'hui ses secrets et de belles pages s’ajoutent ainsi à notre patrimoine. Nous sommes heureux de continuer crânement à faire éclore des talents, susciter des vocations, gagner des amitiés. Que cette année soit clémente envers vous tous, nos lecteurs, nos auteurs.
Faites-nous, faites-vous connaître : soyez fervents, vous le méritez. Récits de Vie a besoin de vous.

Robert Ferrieux




Les vœux du nouvel an
Par Désirée Boillot


Encore une fois, les cartes de vœux se ramassent à la pelle dans la boîte aux lettres et la messagerie. C’est une avalanche de bonne année, bonne santé, avec tout plein d’amour autour… Il semblerait cette année que les expéditeurs se soient donné le mot pour m’envoyer des cartes émollientes, pleines de sapins scintillants, de bonshommes de neige bigrement amicaux et de maximes célèbres qui donnent à réfléchir, quand elles ne me plongent pas dans la perplexité… Car enfin, pourquoi diable cette société d’avocats que je ne connais pas m’adresse-t-elle ses bons vœux, accompagnés d’une phrase de Gandhitraduite en six langues ? Pourquoi la carte s’orne-t-elle d’une signature indéchiffrable précédée d’un «cordialement», qui vient renforcer l’énigme? Pourquoi certaines personnes, dont je n’ai jamais entendu parler, font-elles soudain irruption dans le décor en agitant les mots de bonheur et de réussite, alors que je ne leur ai rien demandé ? Dois-je leur répondre en leur expédiant, comme je l’ai fait pour mes amis de
Récits de vie, l'effigie du chat en gros plan, pour leur souhaiter à mon tour le meilleur pour la suite ? Non, bien sûr. Les babines mafflues de Patou sont bien trop belles pour servir de réponse à des vœux d'inconnus. Et comme j'eusse préféré recevoir ceux de Léo !
J’ai attendu, mais seulement pour la forme, comme on espère un prodige. Très lointaine est l’époque où j’avais encore des illusions… Au fond, en ai-je jamais eues? Mon fils a des dispositions étonnantes pour ne se soucier de rien. Ce ne sont pas les kangourous australiens ou les kiwis néozélandais qui l’ont détourné des bienséances d’usage, et encore moins la distance, le décalage horaire, les vastes mers sous les cieux infinis. Mon fils, mon cher fils que j’aime tendrement, fait partie de ces personnes qui traversent la vie sur un petit nuage. Il n’est que de le voir déambuler dans la rue, avec, au-dessus de lui, une nuée de bulles légères, pour comprendre qu’il plane à cent coudées et qu’il n’est pas prêt d’atterrir. Monsieur rêve, prend l’autobus dans le mauvais sens, laisse ses clés dans la serrure, les perd en faisant du vélo, oublie ses rendez-vous (avec une prédilection pour ceux du dentiste), se souvient la veille au soir qu’il doit se munir de photocopies pour passer des oraux le lendemain matin, et voici qu’en écrivant ces lignes, une lointaine nuit de juillet me revient en mémoire, comme si c’était hier. L’aube n’est pas encore levée quand des grondements impressionnants se font entendre de l’autre côté du golfe. Très vite, ils gagnent en intensité, ils sont au-dessus de nos têtes, les fenêtres se mettent à vibrer, la maison est sous haute tension: coups de tonnerre et éclairs se succèdent dans un fulgurant ballet, tirant chacun du lit, à l’exception de Léo qui pionce comme un bienheureux, poings serrés dans son lit à barreaux, serein et imperturbable, parfaitement indifférent au déluge de pluie derrière la vitre. C’est pourquoi j’aurais tort d’espérer des vœux de sa part, sachant qu’il n’a pas attendu de partir aux antipodes pour ne rien faire comme tout le monde… Je l’entends encore, le jour de mes cinquante ans, alors que je lui demandais s’il était vraiment nécessaire que je me colle un nez rouge au milieu du visage pour qu’il pense
enfin à me le souhaiter, mon anniversaire, grommeler en se frappant le front qu’il était difficile de penser à tout, surtout le matin de bonne heure …

Deux années ont passé, et rien n’a changé. Absolument rien! Les choses me semblent même avoir pris un tour plus affirmé, alors que je relis son message électronique du 31 décembre 2012, m’annonçant, sans doute pour donner un peu de relief à cette fin d’année morose, qu’il a malencontreusement oublié ses dollars ainsi que sa carte bancaire dans un distributeur de Melbourne. Flûte alors! C’est bête, tout de même. Et voilà, ai-je pensé, l’année commence en fanfare: mon fils se trouve à vingt mille kilomètres, seul, sans un sou en poche, et bien sûr, tout est fermé un 1er janvier... Deux jours plus tard, un message tombe dans ma messagerie: «
Salut M’man, il m’est arrivé quelque chose de bizarre : pour économiser l’argent du bus qui était un peu cher, j’ai pris une autre route pour prendre un tramway non loin. En longeant la freeway, des gens étranges me prennent en stop, des Philippins basanés mais qui souriaient et qui avaient l’air cool. En me déposant juste devant la station de tramway, l’un deux me glisse des billets dans la main d’un air entendu en me disant: « T'en fais pas, on en a plein!» De quoi payer mon backpack pour deux nuits, soit soixante-dix dollars! Voilà, destin farceur quoi… »

Pour les vœux, je pense qu’il est sage d’en former beaucoup de mon côté, afin que le destin continue d’être farceur, et qu’il ne lui arrive rien de fâcheux. Et le 20 mai prochain, promis : j’oublie son anniversaire. Juste pour voir si lui-même s’en souvient.


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